Vinyl

Jagger & Scorsese donc. Sorte de "There's no business like show-business" revisité.

Scotché par Casino, le projet initial de l'Anglais était, dit-on, de transposer de l'industrie du jeu à l'industrie du Rock un des plus vieux moteurs de toute l'humanité : comment ramasser et faire croître indéfiniment le pognon laissé ou produit par son voisin.
En passant donc du joueur au fan, sous la devise de l'immortel Phileas Taylor Barnum : " À chaque instant un pigeon voit le jour".
Domaine dans lequel il avait excellé, comme pigeon s'entend, s'étant fait truander par l'infâme (?) Allen Klein, dépossédé de tous les droits d'auteurs pour la période 1963-1971, une paille. Commentaire de Keith Richards "Heureusement que ce con a fait la London School of Economics, qu'est-ce que c'aurait été sinon...". Pertinent comme souvent.

Dans le Manhattan poubelle des seventies, une vingtaine d'années avant le coup de balai de Rudy Giuliani. En un temps où le Rock a perdu toute authenticité brutale de révolte adolescente, toute prétention artistique, toute volonté plus ou moins réelle de changer le monde. À supposer que..
Altamont fut le lieu symbolique de ces funérailles con-célébrées par, tiens donc, les Stones !
Sixties à la casse et meurtre en prime.
Place donc aux pros du business et à la très grosse monnaie.

Bien évidemment Jagger connaît tout cela par coeur. D'où la qualité d'un scénario dépourvu d'anachronismes, d'erreurs factuelles de personnages ou de dates, formidablement servi par une grande qualité d'écriture cinématographique.
Avec une part de sincérité aussi, dans la mesure du possible, et sans laquelle tout cynisme serait vain : l'auteur paie son tribut aux deux formes musicales qui l'ont formé, Blues et Soul Music, le Rock blanc ne l'ayant jamais vraiment intéressé plus que cela. De là l'émouvant personnage du jeune bluesman noir, un temps dupé et contraint de s'égarer dans le twist (!) avant de...
De là aussi Bo Diddley comme idole de jeunesse du héros de la série, l'excellent Bobby Cannibale en Richie Finestra, déjà plus que convaincant en Gyp Rosetti dans Boardwalk Empire, dans la lignée des grands acteurs italo-américains chers à Scorsese.
Le fils Jagger est pas mal aussi dans la peau d'un chanteur pré-punk déjanté dont le talent vocal ne saute pas aux yeux, et, clin d'oeil jaggerien pour les fans, au passage dans la peau d'un éventuel héros (?) de Dead Flowers. La chanson.

Le public français aura d'ailleurs du mal à saisir allusions et références : qui connaît au pays de Patrick Bruel des gens comme Peter Grant ou David Geffen, des lieux comme le Brill Building ?
Mais bon, tout cela n'est pas indispensable pour apprécier le truc.

Rayons acteurs encore, une convaincante Olivia Wilde, sorte de Faye Dunaway, ancienne égérie warholienne égarée dans le Connecticut, épouse jamais dupe des lâchetés et des illusions charriées par son producteur de mari.
Et comme toujours chez Scorsese des seconds rôles de grande qualité aux gueules plus qu'expressives.

Que dire des habituels et amples mouvements de caméra au service du perpétuel chant d'amour à sa ville, trashy ou pas ? Nerveux, virtuose, sec, vous connaissez tout ça chez le grand petit Marty.

Enfin, évidemment un soundtrack à la hauteur de l'ambition du projet : Otis, Meters, Ruth Brown, Dee Dee Warwick entre autres joyaux.
Regardez et écoutez. It's only Rock'n roll, but (we) like it !

https://youtu.be/eI6Pg_lIB2M




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