vendredi 16 novembre 2018

Un instant de Grèce, Hydra.

Hydra, sans faire état de sa beauté, de Portofino ou autre destinations assimilées en Méditerranée, Léonard Cohen et Marianne, ou autres..

Mais un simple lieu de prières, plus chapelle qu'église quant à ses dimensions, sur le port, en arrière de la mer et de la promenade qui la longe, manifestement restauré et à l'entretien quotidien et minutieux, maniaque jurerait-on.
Une promenade dans le crépuscule bleuté, infléchie par l'attrait de voix en répons, sans hésitation ni interruption, magnifiques. Une célébration.
Et pas une suite d'éructations que nous devrions subir de plus en plus souvent, courses aux décibels en guise de critères de belle voix...

Je demeure sur le seuil. Pas seulement figé par la beauté du chant ni par le souci de ne pas déranger. Mais par la conscience de ce que je suis, là, maintenant et toujours : un profane, littéralement - pro fanum, place où je me dois de rester. 
D'ailleurs, le bref regard que me lance le célébrant à ma gauche n'est en rien une invite à me joindre à eux. 
J'avais bien compris : devant le temple. À l'extérieur. 

À l'intérieur, le lieu est vide. Pas un fidèle. Juste un célébrant, pope vêtu d'une chasuble verte, étole dorée autour du cou, bras levés vers l'autel - et plus loin le ciel.
Et dos tourné à ce qui tiendrait lieu de nef.
Et, à sa droite et à sa gauche, à l'entrée du choeur, deux assistants qui lui répondent. C'est tout.
À mille lieues des chants (?) grotesques en langue française, vagues et fades mélodies aux paroles lénifiantes qui sévissent dans les églises depuis Vatican II - et qui ne sont probablement pas étrangères à leur désertification, à l'opposé du cérémonial d'un prêtre dégradé en quasi quidam anonyme tournant le dos à l'autel et à son Dieu, ânonnant, force démagogie, face à ce qui est supposé être le peuple du dit Dieu, un texte dont le sacré est pollué par ce qui se veut quête de la modernité.
Ici, croyant ou pas, on est saisi. Enfin, il me semble.

Dans un lieu aussi modeste, l'Église orthodoxe d'Orient semble avoir conservé ce goût du beau et du mystère qui fut consubstantiel à l'Église catholique d'Occident durant presque deux millénaires. Et qui n'est plus.
Il n'est pas dit que cela ne sera pas sans importance face à ce qui s'approche.







jeudi 15 novembre 2018

Haïkus #16.

Vie nonchalante
est-ce la clé du bonheur
que de fuir le temps ?

L'automne saisit
le vieux coeur ralenti pour
le taire à jamais.


Erik Satie. Gnossienne #3.
Alessio Nanni.

https://youtu.be/D30LAzub2gs

mercredi 14 novembre 2018

Naxos et Venise, l'éternité.

Quatre mille ans doivent séparer l'idole cycladique du cimetière de Spedos, sur l'île de Naxos, du bauta vénitien de Casanova.
Et si l'abstraction de la plus ancienne nous la fait percevoir comme la plus moderne, c'est le caractère éternel de  dissimulation menaçante du second qui nous le rend plus contemporain.




mardi 30 octobre 2018

Et Cioran n'étrangla pas sa caissière...

"J'ai lu depuis un mois et demi le Livre des morts tibétain, nuit et jour, pour atteindre cette sagesse du dharma de la non-réincarnation. Et ce matin en allant chercher dans mon magasin un pain complet, j'ai eu envie d'étrangler la caissière."

Cioran ne donne pas plus de précisions, mais apparemment ça ne devait pas être le bon bouquin.
Ni la bonne sagesse.
Reste la question : Pourquoi un pain complet ?


Dharma Blues Band / Dealing with the devil.

https://youtu.be/KGOSG6L0OJQ



lundi 29 octobre 2018

Jerry Schatzberg, Blonde on Blonde.

Au mitan des années soixante, Jerry Schatzberg jouit déjà d'une réputation bien établie en tant que photographe de mode, à Paris, Londres ou New-York, - sorte de David Bailey américain, le glamour en moins, l'oeil en plus sans doute...
Pote avec une partie du milieu musical new-yorkais, il ne connaissait cependant pas personnellement Dylan, et pas davantage son oeuvre. En fait, il ne lui avait pas manifesté un grand intérêt.
"Oh mais tu devrais t'intéresser à Dylan": on imagine la voix gutturale de Nico lui prodiguant ce conseil. 
Elle, il la connaissait bien pour avoir déjà travaillé avec, dès 1961, bien avant l'époque de Warhol et du Velvet Underground.
Et comme les avis de la future "Chanteuse" pouvaient être parfois pertinents, il s'attela à l'écoute de Dylan - au delà de Blowin' in the wind et autres titres déjà fameux qui avaient suffit à établir la légende naissante du "porte-parole de sa génération" Nico dixit !
Il y découvrit des joyaux. Quoi d'autre ? 
Et dans la foulée, se mit dans la tête de connaître l'homme et de le photographier.

Le message passé dans le milieu, il fut très vite contacté par Sara Lownds, mannequin côté qu'il connaissait professionnellement, et accessoirement, première épouse de Dylan. Elle le convia aux sessions de ce qui allait devenir Highway 61 revisited, premier album du Dylan électrifié de l'après Newport. Rien que ça...
Les deux s'entendirent immédiatement, au point que Dylan lui demanda de photographier une de ses camarades de jeux - par ailleurs égérie warholienne elle aussi : " de toutes les photos que j'ai pu vendre, celles qui eurent le plus de succès, en dehors de celles de Dylan,  furent sans doute celles d'Edie Sedgwick" - Bingo.

Mais ce qui fit entrer leur relation dans la légende fut bien sûr la série de photos qui allait accompagner LE disque  - rien moins que Blonde on Blonde !
Dylan lui avait commandé la pochette de l'album qui devait sortir en mars 66. Cela commença par des photos durant les sessions new-yorkaises de l'album, mais aucune d'entre elles ne leur parut à même de constituer la pochette du disque.
Schatzberg lui proposa d'aller en extérieur. Ils se retrouvèrent dans le Meatpacking District par un matin glacial de février, tremblants de froid pour une séance qui ne s'éternisa pas...
Toute une série de photos en résultèrent cependant, floues pour la plupart au point que Schatzberg était persuadé de les voir retoquées par Columbia.
Mais Dylan, auquel désormais on ne pouvait plus rien refuser, choisit celle qui devait être la pochette définitive de l'album, et qui ne fut pas pour rien dans le statut iconique de l'opus.
"Le flou ? La drogue n'y était pour rien ! On se les gelait c'est tout".

Schatzberg allait poursuivre sa route, dans le cinéma notamment à partir des seventies : "Portrait d'une enfant déchue", "Panique à Needle Park" ou "L'épouvantail" - excusez du peu..
Dylan aussi, paraît-il...

Au fait, Schatzberg n'est absolument pour rien dans la présence de Claudia Cardinale à l'intérieur de la fameuse pochette dans l'édition originale du disque et retirée par la suite.
Mais c'est une autre histoire...






Nico. 1961.



Edie Sedgwick. (1966).





For Blonde on Blonde. (1966).





dimanche 28 octobre 2018

Same player shoot again !

"It will happen to all of us, that one day you'll be tapped on the shoulder and told, not just that the party is over, but that the party is going on and you have to leave. That's the reflection I think that most upsets people about their demise. Alright then, because it might make us feel better, let's pretend the opposite: instead you'll be tapped on the shoulder and told, "Great news! This party's going on forever.....and you can't leave. The Boss says so. And he also insists that you have a good time"."


"Ça nous arrivera à tous : un jour on nous tapotera sur l'épaule pour s'entendre dire, non seulement que la fête est finie, mais pire encore, la fête continue mais tu dois la quitter.
C'est, je crois, la réflexion la plus contrariante pour les gens quand on évoque leur mort.
Et ensuite, parce que ça pourrait nous être plus agréable, voyons les choses sous l'angle opposé : si au lieu d'être interpellé de cette façon, on vous disait : "Bonne nouvelle ! La fête continue...mais tu ne peux pas la quitter. Le grand Patron refuse. Et au passage, il insiste et te souhaite bien du plaisir".
Traduction Ⓒ luc-antoine Marsily

Christopher Hitchens, qui a effectivement quitté la fête en 2011, était un type d'une intelligence étincelante et irritante, d'une culture rare de nos jours - chez ceux qui font profession d'intellectualisme s'entend.
Post marxiste égaré, il pouvait d'un même élan célébrer un tortionnaire psychopathe et un dictateur sanguinaire - cubains tous deux - et dénoncer le Parti du Bien à l'oeuvre sous le masque de Mère Térésa ou d'une fausse valeur médiatique comme Hillary Clinton. Deux calamités pour des raisons certes diverses...
Son grand combat demeure son mano a mano avec Dieu - toutes chapelles, obédiences et marques confondues - qu'il combattait avec la dernière énergie et auquel il ne croyait pas...
Il nous laisse aussi ce qui suit - du moins tant que nous avons la liberté de le voir et le lire avant d'être éventuellement submergés par ces torrents d'amour, de paix et de vivre ensemble qui nous sont promis.
Une sorte de Philippe Muray sous acide...

https://youtu.be/dTDWLZf1CLk




samedi 27 octobre 2018

tu es pressé d'écrire...

tu es pressé d'écrire
comme si tu étais en retard sur la vie
s'il en est ainsi fais cortège à tes sources
hâte-toi
hâte-toi de transmettre
ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance
effectivement tu es en retard sur la vie
la vie inexprimable
la seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t'unir
celle qui t'es refusée chaque jour par les êtres et par les choses
dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés
au bout de combats sans merci
hors d'elle tout n'est qu'agonie soumise fin grossière
si tu rencontres la mort durant ton labeur
reçois-là comme la nuque en sueur trouve bon le mouchoir aride
en t'inclinant
si tu veux rire
offre ta soumission
jamais tes armes
tu as été créé pour des moments peu communs
modifie-toi disparais sans regret
au gré de la rigueur suave
quartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuit
sans interruption
sans égarement

essaime la poussière
nul ne décèlera votre union.


René Char, commune présence, in Le Marteau sans maître (1934).

Y ajouter quoi que ce soit - mot, image, dessin - serait obscénité.

vendredi 26 octobre 2018

Chers écrivains...

d'Ambroise Vollard : « En écoutant Cézanne, Degas, Renoir »

Ambroise Vollard était bien plus qu'un marchand d'art.
Cézanne, Gauguin, Van Gogh, Matisse, Renoir, Picasso, voilà qui donne une idée de ses amitiés et de ses goûts .
Il laissa par ailleurs une importante oeuvre écrite, dont des souvenirs - En écoutant Cézanne, Degas, Renoir - parus en 1938.
Ce qui suit, extrait d'une conversation avec Cézanne, est révélateur de certains soucis majeurs du milieu littéraire de l'époque.
Bien entendu, le dit milieu est bien loin aujourd'hui de ces préoccupations mercantiles...

Vollard : "Il me semble que cela devait être d’un intérêt passionnant, les rencontres que l’on faisait chez Zola : Edmond de Goncourt, les Daudet, Flaubert, Guy de Maupassant, et tant d’autres.
Cézanne : Il venait beaucoup de monde, en effet, mais c’était bien emmerdant, ce qu’on y entendait dire. J’ai voulu un jour parler de Baudelaire : ce nom n’a intéressé personne.
Vollard : Mais de quoi s’entretenait-on ?
Cézanne : Chacun parlait du nombre d’exemplaires, auquel on avait tiré son dernier livre, en mentant un peu bien entendu. Il fallait surtout entendre les dames. Mme X disait avec fierté et en défiant du regard Mme Z "Nous avons calculé, mon mari et moi, qu’avec les éditions illustrées, le dernier roman avait été tiré à 35 000 exemplaires.
Et nous, disait Mme Z en relevant le gant, "nous sommes assurés pour notre prochain livre d’un tirage à 50 000 exemplaires, sans compter l’édition de grand luxe…"
"Voyez-vous, M. Vollard, Zola n’était pas un méchant homme, mais il vivait sous l’influence des évènements !"





jeudi 25 octobre 2018

Le gros porc à tête de boeuf et David Bowie.

Un gros porc à tête de boeuf - si si, ça existe, c'est français et ça passe pour éminent spécialiste du rock et du cinéma américain aux yeux des beaufs faiblement cultivés de la presse torchon du Parti du Bien - vient de qualifier Bowie d'"escroc qui, quand il voulait vendre des disques", arrivait "avec une plume dans le cul et des cheveux en pétard".
L'hommage bovin à l'élégance. 

Ici, modestement, on saluera ainsi le thin white Duke. 
Ne serait-ce que pour nous avoir offert un des deux plus beaux concerts de notre existence - Marseille 1978.

Day-in day-out
Stay-in fade-out
Programme idéal en ces temps...



Day-in day-out (2018 Remix).





mercredi 24 octobre 2018

Les précieux conseils de MM. Dylan et Bukowski.

Pas de chefs, please.

Inventez-vous puis réinventez-vous,
ne pataugez pas dans le même bourbier.
inventez-vous puis réinventez-vous
et
tenez-vous à distance des griffes de la médiocrité.
Inventez-vous puis réinventez-vous,
changez de ton et de forme si souvent qu’il ne pourront
jamais
vous
cataloguer.
Ressourcez-vous et
acceptez le réel
mais uniquement selon les termes que vous aurez inventés
et réinventés.
apprenez par vous-même.
Et réinventez votre vie parce qu’il le faut ;
c’est votre vie et
son histoire
et le présent
n’appartiennent
qu’à vous.

No leaders, please.
Invent yourself and then reinvent yourself,
don’t swim in the same slough.
invent yourself and then reinvent yourself
and
stay out of the clutches of mediocrity.
Invent yourself and then reinvent yourself,
change your tone and shape so often that they can
never
categorize you.
Reinvigorate yourself and
accept what is
but only on the terms that you have invented
and reinvented.
be self-taught.
And reinvent your life because you must;
it is your life and
its history
and the present
belong only to
you.
The Pleasures of the Damned (Ecco Press, 2007).

Traduction Ⓒ luc-antoine Marsily

Après tout, Dylan nous avait déjà vacciné dans les sixties : "you don’t need a weatherman to know which way the wind blows”...

https://youtu.be/MGxjIBEZvx0

lundi 22 octobre 2018

Lenore. Never more.

En fait, tomber sur ceci,

dont j'ignore tout de l'auteur et de la provenance, le bref éclat de rire passé, le sourire demeurant, m'a immédiatement amené au fameux Raven d'Edgar Allan Poe, et paru convenir parfaitement à l'état d'esprit du moment précis.
Le "never more" de l'original s'est dégradé en un "fuck you" certes plus banal et vulgaire, mais pas forcément étranger à l'esprit du propos incessant du fameux corbeau.
Gainsbourg aurait apprécié sans doute...

Chef d'oeuvre évidemment, - et la traduction de Baudelaire n'y est pas étrangère -, une vingtaine de pages qu'on trouve partout en deux clics sur la toile.

Pur bonheur également que la version qu'en donne Lou Reed en 2003.


vendredi 19 octobre 2018

Haïkus #15.

Les jours se font courts
pour qui veut fuir le monde
allons vers l'hiver.

De la feuille au sol
qui en été fut son toit
il eut le destin.



Ⓒ luc-antoine Marsily


John Coltrane. After the Rain. (Impressions.1963).


jeudi 18 octobre 2018

Médiocratie chérie.

"Il avait aussi cette faculté merveilleuse de pouvoir, cinq heures durant, et sur n’importe quel sujet, parler sans jamais exprimer une idée. Son intarissable éloquence déversait, sans un arrêt, sans une fatigue, la lente, la monotone, la suicidante pluie du vocabulaire politique, aussi bien sur les questions de marine que sur les réformes scolaires, sur les finances que sur les beaux-arts, sur l’agriculture que sur la religion. 
Les journalistes parlementaires reconnaissaient en lui leur incompétence universelle et miraient leur jargon écrit dans son charabia parlé. Serviable, quand cela ne lui coûtait rien, généreux, prodigue même, quand cela devait lui rapporter beaucoup, arrogant et servile, selon les événements et les hommes, sceptique sans élégance, corrompu sans raffinement, enthousiaste sans spontanéité, spirituel sans imprévu, il était sympathique à tout le monde. Aussi son élévation rapide ne surprit, n’indigna personne. Elle fut, au contraire, accueillie avec faveur des différents partis politiques, car Eugène ne passait pas pour un sectaire farouche, ne décourageait aucune espérance, aucune ambition, et l’on n’ignorait pas que, l’occasion venue, il était possible de s’entendre avec lui. 
Le tout était d’y mettre le prix."

Octave Mirbeau.

Le jardin des supplices. (1899).

Toute ressemblance etc... etc... 
Nihil novi sub sole, énième épisode.

mercredi 17 octobre 2018

Le fric, c'est chic ?

"La richesse a remplacé toutes les valeurs aristocratiques : mariage, honneurs, privilèges, réputation, pouvoir, elle peut tout procurer. Désormais, c’est l’argent qui fait l’homme. 
Or contrairement à toutes les autres "puissances", la richesse ne comporte aucune limite : rien en elle qui puisse marquer son terme, la borner, l’accomplir. L’essence de la richesse, c’est la démesure ; elle est la figure même que prend l'"hubris" dans le monde. 
Tel est le thème qui revient de façon obsédante dans la pensée morale du VIe siècle.
Aux formules de Solon, passées en proverbes : "Pas de terme à la richesse. Koros, satiété, enfante hubris", font écho les paroles de Theognis : "Ceux qui ont aujourd’hui le plus en convoitent le double." 

La richesse, "ta chrèmata", devient chez l’homme, folie, "aphrosunè." Qui possède veut plus encore. La richesse finit par n’avoir plus d’autre objet qu’elle-même ; faite pour satisfaire les besoins de la vie, simple moyen de subsistance, elle devient sa propre fin, elle se pose comme besoin universel, insatiable, illimité, que rien ne pourra jamais assouvir. 
À la racine de la richesse, on découvre donc une nature viciée, une volonté déviée et mauvaise, une "pleonexia" : désir d’avoir plus que les autres, plus que sa part, toute la part. "Ploutos" comporte bien aux yeux du Grec une fatalité, mais elle n’est pas d’ordre économique ; c’est la nécessité immanente à un caractère, à un "ethos", la logique d’un type de comportement. 
Koros, hubris, pleonexia sont les formes de déraison que revêt à l’âge de Fer la morgue aristocratique, cet esprit d’Eris qui, au lieu d’une noble émulation, ne peut plus enfanter qu’injustice, oppression, "dusnomia"."

Jean-Pierre Vernant, Les Origines de la pensée grecque. (1962).


Il y a vingt-six siècles , déjà...
Imaginez dans une époque d'eaux basses comme la nôtre...

mardi 16 octobre 2018

Les conseils de l'oncle Buk.

nobody can save you but
yourself.
you will be put again and again
into nearly impossible
situations.
they will attempt again and again
through subterfuge, guise and
force
to make you submit, quit and/or die quietly
inside.
nobody can save you but
yourself
and it will be easy enough to fail
so very easily
but don’t, don’t, don’t.
just watch them.
listen to them.
do you want to be like that?
a faceless, mindless, heartless
being?
do you want to experience
death before death?
nobody can save you but
yourself
and you’re worth saving.
it’s a war not easily won
but if anything is worth winning then
this is it.
think about it.
think about saving your self.

personne d'autre que toi ne peut te sauver.
tu te retrouveras sans cesse
dans des situations quasiment impossibles.
ils essaieront encore et encore
usant de subterfuges, de tromperie, par force,
de te soumettre, te faire lâcher prise et/ou

crever tranquillement de l'intérieur.
personne d'autre que toi ne peut te sauver
et il serait facile d’échouer,
si facile.
mais non, non et non.
regarde-les tout simplement
écoute-les.
tu veux être comme ça ?
un être sans visage, sans esprit, sans cœur ?
tu veux expérimenter la mort avant de mourir ?
personne d'autre que toi ne peut te sauver
et tu vaux la peine d’être sauvé.
c’est une guerre pas facile à gagner
mais si quelque chose vaut bien la peine d’être sauvé
c'est ça.
pense-y.
pense à sauver ta peau.

Extrait de "Sifting through the madness for the word, the line, the way", recueil posthume paru en 2003.
Qui débutait ainsi :

the way to create art is to burn and destroy
ordinary concepts and to substitute them
with new truths that run down from the top of the head
and out from the heart.

la manière de créer de l'art est de brûler et détruire
les concepts ordinaires et de les remplacer
par de nouvelles vérités qui s'écoulent de l'esprit
et du coeur.

Traduction Ⓒ luc-antoine Marsily