Orson & Frank. Voix.

"Une des voix qui m'a dispensé des cours supérieurs de musique, ç'a été celle d'Orson Welles. A la radio. Je me fous que ce type se dise amateur de jazz, qu'on aperçoive la moitié d'un joueur de banjo dans Citizen Kane et qu'il ait baisé un jour avec Billie Holiday. Qu'il soit un génie, comme Billie et d'autres le prétendent, ou le dernier des truqueurs, qu'est-ce que ça change pour moi ? Sa voix, elle, a changé beaucoup de choses. Je l'entends modeler, moduler des mots, des mots que je n'ai pas besoin d'écouter. Je l'entends construire des phrases qui balancent, des phrases que je n'ai pas besoin de comprendre. Elle les construit pour les balancer par la fenêtre, que le vent les emporte - et Orson Welles pourrait bien avoir milité pour le rétablissement de l'esclavage, je sais de source sûre qu'il a trouvé la vérité que je cherche. Si même ce n'est pas la vérité qui est venue le trouver, lui, dans la planque où il mijotait sa prochaine histoire de Martiens... (...)
Le secret réside en ceci que, tout le temps que vous improvisez, plutôt que d'écouter votre instrument, c'est à Frank Sinatra que vous devez prêter l'oreille. Si vous ne vous laissez pas distraire, vous ne pouvez plus vous tromper."
Alain Gerber, Miles. Ed. Fayard, 2007.

Comme deux scansions du silence.




Commentaires