Vent (s).

Holà, gardeur de troupeaux,
Là-bas au bord de la route, 
Que te dit le vent qui passe ?


Qu'il est vent, et qu'il passe, 
Et qu'il passait déjà auparavant, 
Et qu'il passera encore après.
Et à toi que dit-il ?


Bien plus de choses que cela...

Il me parle de bien d'autres choses...

De mémoires, de ressouvenances 

Et de choses qui jamais ne furent.


Tu n'as jamais écouté le vent passer.

Le vent ne parle que du vent.

Ce que tu en as écouté fut un mensonge, 

Et le mensonge en toi se tient.

Fernando Pessoa, Holà, gardeur de troupeaux.


Plus tard, beaucoup plus tard, Dylan, qui sans doute en ces temps n'avait pas lu Pessoa, eut la naïveté juvenile de vouloir nous faire croire que les réponses que cherchaient en vain d'autres naïfs - juvéniles ou pas n'est même pas la question - se trouvaient dans le vent.

Peut-être... peut-être...


Peut-être que la seule vérité possible en la matière se cachait, au cœur d'un autre poème du portugais, superbement intitulé, quand on y songe, "La confondante réalité" :

"D'autres fois j'entends passer le vent, 

Et je trouve que rien que pour entendre passer le vent, ça vaut la peine d'être né".


Cioran marquera sa désapprobation ? On fera avec.


Il va me falloir, rapidement, aller à Trieste. 

En espérant m'y trouver un jour de Bora.

Pour - vraiment - alors entendre passer le vent.



© Il Piccolo, Trieste.




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