Tamaris
Naguère, il s'était bien trouvé un esprit fort pour moquer mon tamaris alors bien chétif - "franchement, planter un arbre qui ne donne aucun fruit, ne procure aucune ombre...".
Je n'avais pas estimé à propos de répondre que mon seul plaisir en l'espèce était de le voir grandir et danser dans le vent.
Petite vengeance souriante envers une énième manifestation de l'humaine connerie et plaisir renouvelé de lire ceci sous la plume de Jacques Lacarrière, dans son classique "Été grec" aux mille enchantements :
"Les tamaris en fait n'abritent rien : leur ombre est trop légère. Ils sont là pour montrer qu'un arbre peut pousser malgré tout aux franges extrêmes de la mer. Il y a dans leur silhouette quelque chose de chétif, d'amenuisé comme d'anciens rêves avortés. Mais il doit y avoir dans leur sève une force secrète pour défier ainsi les embruns salés de la mer, l'aridité du sable. Leurs feuilles ténues comme une gaze tamisent le soleil sans l'étouffer ni l'assombrir. Il faudrait dire tamarisent le soleil pour restituer l'ombre émiettée de ces feuillages à travers lesquels l'astre paraît soudain lointain, léger, étranger à sa propre lumière. On dirait qu'un être diaphane s'y débat sans cesse dans les filets d'un autre monde.
Dans quelle Vie d'un saint ai-je lu qu'un jour un vieil ascète devenu filiforme à force de jeûner avait quitté son désert pour aller prêcher vers le pays des iles et qu'il s'était reposé longtemps, au pied d'un tamaris car « c'est l'arbre que Dieu a créé pour ombrager ses anges ? "
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