Pour un crépuscule de Nietzsche.

"Nous aurons beaucoup fait pour la science esthétique, quand nous en serons arrivés non seulement à l'observation logique, mais encore à la certitude immédiate de cette prise de position selon laquelle le développement de l'art est lié à la dualité du dionysien et de l'apollinien : de la même manière que la dualité des sexes engendre la vie au milieu de luttes perpétuelles et par des rapprochements seulement périodiques." 

Ainsi, dès la première phrase du premier paragraphe de son premier ouvrage, "La naissance de la tragédie," ce décidément scandaleux Frédéric Nietzsche se signale à notre vigilante attention par l'ignominieuse mention d'une fumeuse "dualité des sexes".

Sait-il, ce réactionnaire moustachu, qu'une telle ineptie relève de l'indécrottable machisme de l'homme blanc occidental, voulant ainsi assigner "l'homme" et, accessoirement, "la femme" à une prétendue identité, qui n'est qu'artifice culturel forgé par les dominants.

Il convient donc de redoubler de vigilance. 
Nous appelons dès lors les différents éditeurs de ce monsieur ( ?) à procéder à une ré-écriture de ce paragraphe, et partant de tous ses ouvrages.
Il en va de la lutte contre toutes les discriminations sexuelles.

Non, mais...




Commentaires

  1. Va y avoir du boulot !

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    1. Ils ont tout l'avenir devant eux... ils ont d'ailleurs commencé il y a quelques lustres déjà ! D'où l'urgence pour l'honnête homme de se constituer une bibliothèque sérieuse qui lui servira de rempart face aux Vandales du politiquement, moralement correct.
      Pas tant le fruit "des vertus chrétiennes devenues folles", comme le disait Chesterton pillé et plagié par M. Zemmour, que l'effet de l'éternelle saloperie de l'esprit humain !

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  2. Le titre du tableau :

    « Les pervers sadiens jetés aux poubelles de l'Histoire par leurs rejetons schizos deleuziens, même. »

    Les hommes et les femmes accomplis demeurent, pour leur part, — en retrait et en hauteur — ovidéo-vaudéens : rares et mythiques comme le ghjattu volpe.

    À vous,

    R.C. V.

    P.S. Merci pour la traduction de Lucilius — meilleure que celle dont je disposais — qui m’a permis de me souvenir du beau mot d’« infélicité » : « La société de l’infélicité » sonne peut-être mieux que « La société de l’injouissance ». Quant à la félicité, Ovide nous en avait tracé la voie :
     « Mais déjà le lit complice de leurs plaisirs a reçu nos deux amants. [… ] Si tu veux m'en croire, ne te hâte pas trop d'atteindre le terme du plaisir; mais sache, par d'habiles retards, y arriver doucement. Lorsque tu auras trouvé la place la plus sensible, qu'une sotte pudeur ne vienne pas arrêter ta main.
    Tu verras alors ses yeux briller d'une tremblante clarté, semblable aux rayons du soleil reflétés par le miroir des ondes. Puis viendront les plaintes mêlées d'un tendre murmure, les doux gémissements, et ses paroles, agaçantes qui stimulent l'amour. Mais, pilote maladroit, ne vas pas, déployant trop de voiles, laisser la maîtresse en arrière; ne souffre pas non plus qu'elle te devance : voguez de concert vers le port. La volupté est au comble lorsque, vaincus par elle, l'amante et l'amant succombent en même temps. Telle doit être la règle de ta conduite, lorsque rien ne te presse et que la crainte ne te force pas d'accélérer tes plaisirs furtifs. »
    Et aussi, toujours dans son Art d’aimer :
    « Chez elles [il parle des femmes qui ont passé trente ou trente-cinq ans] le plaisir naît sans provocation irritante : ce plaisir le plus doux, celui que partagent à la fois et l'amante et l'amant. Je hais des embrassements dont l'effet n'est pas réciproque : aussi les caresses d'un adolescent ont-elles pour moi peu d'attrait.
    Je hais cette femme qui se livre parce qu'elle doit se livrer, et qui, froide au sein du plaisir, songe encore à ses fuseaux. Le plaisir qu'on m'accorde par devoir cesse pour moi d'être un plaisir, et je dispense ma maîtresse de tout devoir envers moi. Qu'il m'est doux d'entendre sa voix émue exprimer la joie qu'elle éprouve, et me prier de ralentir ma course pour prolonger son bonheur ! J'aime à la voir, ivre de volupté, fixer sur moi ses yeux mourants, ou, languissante d'amour, se refuser longtemps à mes caresses ! »

    Ce languissement d’amour, lorsqu’on le cultive et que l’on en fait l’unique objet de son existence, il ouvre bien sûr la voie à notre contemplatisme galant.

    Comment l’Occident, qui avait la clé de la félicité dans L’art d’aimer d’Ovide, a-t-il fini dans les pulsions infantiles destructrices et auto-destructrices de Sade, pour en arriver au délire schizoïde de la femme à barbe qui se croit un « homme enceint », c’est une longue histoire que l’heure tardive nous permet de remettre à plus tard.

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    1. Impitoyable lecteur, comment voir rareté et mythe dans un animal présent en Corse depuis - au moins - le néolithique ? N'oubliez pas que nous sommes dans une île, lieu d'une des escales d'Ulysse, puis théâtre de la naissance de Christophe Colomb et de Napoléon, berceau de la première constitution démocratique de l'ère moderne, sans laquelle pas de Constitution des États-Unis, et autres menus évènements. Alors la présence d'un chat mythique...
      Quant à l'Occident, judéo-chrétien ou pas, je le laisse courir sur son erre... Il n'y aura pas de crash final, sinon dans un siècle ou deux. Mais rien n'est moins sûr...
      Et puis, un psychopathe fameux du nom de Jean Jacques Rousseau n'avait-il pas évoqué "une petite île qui, un jour, étonnera le monde" ? Dès lors, subsiste un espoir...

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  3. Ah ! Cher Luc-Antoine Marsily, vous vantez ce trésor qu'est la Corse à un homme auquel sa mère en avait déjà chanté tout son amour ! 
    Je vais vous faire une confidence qu'il ne sera pas utile de publier.

    Ma mère, Hélène Vaudey, au tournant des années cinquante, épousa Jacques-Jocanthe Sebastiani de la Porta — un village que vous connaissez sans doute…
    Il était procureur général des Armées à Tunis — enfin, c'est ce que mon oncle m'en disait — et elle — dans sa villa qui jouxtait le Parc de Galland, à côté du Palais du Gouverneur, à Alger — propriétaire-rentière comme ses ancêtres savoyards depuis plus de deux siècles, qui avaient quitté cette Savoie quarante-cinq ans plus tôt, poussés par l'amour et la vague orientaliste, — qui persistait encore.

    Après le traditionnel voyage de noces à Rome, Jacques voulut faire découvrir à sa bien-aimée le joyau qui l'avait vu naître, et berceau de sa famille : la Corse, bien sûr, mais surtout la Castagniccia et La Porta. Et, bien sûr, ce qui devait arriver arriva : après être tombée amoureuse d'un Corse, au point de l'épouser, ma mère tomba en extase devant cette île et surtout la Castagniccia et ce village au point qu'encore à la fin de sa vie elle regrettait son divorce, trois ans plus tard, d'avec son beau mais sévère Corse — divorce où fut invoqué le fait qu'elle ne pouvait pas avoir d'enfant —, et surtout de ne pas avoir été le retrouver alors que jeune femme libre et indépendante elle était tombée amoureuse d'un beau légionnaire, et enceinte de moi, un an plus tard — légionnaire qu'elle épousa seulement une semaine avant ma naissance : de Beauvoir et surtout Bardot lui soufflant de rester libre et rentière. 
    Le beau légionnaire, qui voulait être père, me donna son amour paternel, une belle existence et la meilleure éducation dans les meilleurs établissements : une chose que ma mère seule — ils divorcèrent en 1962 — eût sans doute négligée, et que sa ruine, ensuite, lui aurait interdite.
    Elle était certaine, encore à la fin de sa vie, que « Jacques » eût accepté cette grossesse et ensuite ce beau bébé, taillé par le ciseau de Praxitèle, selon le médecin-accoucheur — je rapporte seulement… —, médecin qui lui avait promis qu'elle mourait lors de l'accouchement à cause de  son cœur fragile, — et dont elle méprisa les injonctions !
    Fût-elle retournée avec son amour corse que nous eussions été voisins — j'espère que ces deux familles — la vôtre et celle dont je parle — ne sont pas ennemies ! Et c'est ainsi que je vous lis : comme un homme qui écrit depuis cette Arcadie que j'aurais pu connaître et où j'aurais pu même vivre, et qui, j'en suis sûr, n'aurait pas été trop épineuse pour mon grand caractère, — pour le dire en paraphrasant Rimbaud.

    Je m'épanche, je m'épanche, mais accordez-moi tout de même que ni les heureux amants ni le ghjattu volpe ne courent les rues, — même en Castagniccia… Si ?

    Vous pardonnerez d'un sourire ce laisser-aller sentimental, mais votre éloge de votre île et de vos terres, pour moi mythiques — au sens de « de légende » — a été l'élément déclencheur !

    À vous, distingué lecteur des auteurs antiques.

    R.C. Vaudey


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    1. Je suis en effet originaire de Castagniccia, côtés paternel et maternel... nu n'est parfait ! D'Orezza plus précisément, dont on peut considérer que La Porta a pu, dans le passé, constituer une sorte de banlieue résidentielle..
      JE PLAISANTE, bien sûr.
      Nous ne sommes ennemis de personne, que de nous-mêmes, ce qui suffit amplement, croyez-le.
      Quant à un quelconque éloge de la Corse sous ma plume, je ne vois vraiment pas... Ou alors dans une autre vie. Et il y a prescription.
      Nonobstant, amitiés littéraires.

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  4. Pardon pour la publication de votre belle réponse. Mais elle enrichit mon lectorat que je n'ai pu résister à, indirectement, m'en prévaloir, et par là, me flatter.

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  5. « Lieu d'une des escales d'Ulysse, puis théâtre de la naissance de Christophe Colomb et de Napoléon, berceau de la première constitution démocratique de l'ère moderne », vous avez raison, je m’étais mal exprimé : ce n’était pas un éloge de la Corse, au sens moderne, touristique, mais l’expression d’une légitime fierté d’être d’une « petite île » qui aura façonnée — et de quelles manières ! — l’Histoire universelle.
    Par ailleurs, vous aurez compris que les éblouissements d’une jeune mariée découvrant et l’amour et la Castagniccia lors de sa lune de miel ne peuvent se comparer avec l’expérience que vous pouvez avoir de la Corse et de ce qui s’y joue : il m’arrive quelques fois de me tenir au courant de « l’actualité insulaire ».
    Bien sûr, cette Arcadie est une illusion de jeune épousée — quoique je pense que la beauté des paysages et du patrimoine architectural soit bien réelle. J’ai hérité de cette merveilleuse illusion, et je ne peux m’empêcher d’y penser lorsque je vous lis.
    Votre citation de la lettre 39 du Livre IV des Lettres à Lucilius était particulièrement pertinente et m’a parfaitement impressionné : « Esclaves du plaisir, ils ne jouissent pas, et de leurs maux, pour comble de malheur, ils ne laissent pas d’être amoureux. »
    Sénèque définit là, en quelques mots, ce que j’ai appelé « l’injouissant » et, mieux encore, la cause de l’injouissance, ou mieux de l’infélicité : les maux d’un passé refoulé qui sont sexualisés, sadiquement ou masochistement, d’une façon que le XXe siècle a quelque peu éclairée, et qui, comme une rayure sur un disque, empêchent l'approche aimante de l'autre et l’accès à cet abandon, en commun, à la jouissance amoureuse qui constitue « le comble de la volupté » et l’accession à la maturité, selon Ovide.
    Entre le texte d’Ovide et cette lettre de Sénèque, l’honnête homme que vous évoquiez peut comprendre cette nef des fous sur laquelle nous sommes embarqués, et même savoir où se situe la félicité, et comment s’en approcher, — si la vie lui en laisse la chance.

    Je vous remercie pour votre compliment.

    Amitiés littéraires, en retour.

    Vaudey

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    1. Vraiment, ni éloge, ni promotion, ni fierté, légitime ou pas ! Je n'évoque jamais la Corse ni rien qui s'y attache de l'actualité politique, sportive, gastronomique... que sais-je ? Le voudrais-je, il me suffirait de lire la presse régionale au delà des avis de décès, de jeter un œil sur la chaîne de télévision locale... Je m'en dispense depuis une dizaine d'années, pour ma plus grande tranquillité. Et celle de mes contemporains.
      Vous parliez de "nef des fous" ? J'en ai déserté un des esquifs !

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