Love in vain.

Ce matin-là, j'avais rendez-vous avec la plus belle femme du monde. Plus de trente années passées depuis notre dernière rencontre : mais j'étais certain qu'elle n'avait pas changé d'un pouce. Elle.
J'avais donc préparé mon affaire comme un vrai pro : choix d'une heure matinale par une journée d'hiver, réservation pour le lieu faite bien en amont du jour J, oubli volontaire de tout ce que je pouvais connaître d'elle afin de l'aborder, regard neuf, âme vierge. Si l'on peut dire...
Las ! J'évitais assez bien tant les hordes asiatiques, regards rivés sur le drapeau de leur guide plutôt que sur les merveilles florentines, par bonheur peu nombreuses en ce février européen, que les bataillons d'américaines obèses aux rires niagaresques, aux voix insupportablement aiguës, toutes de stridences d'un Donald Duck qui se serait coincé les burnes dans une porte, ou même les parisiens-zé-parisiennes étalant leur maigre culture artistique pour faire partager à voix haute leur expérience de tel ou tel musée qu'"ils avaient fait"...
Je pensais donc avoir limité les risques inhérents à la promiscuité - certes peu fréquente d'habitude - de mes contemporains. 

C'était sans compter sur les dindes tatouées et les crétins à cheveux gras - lycéens en goguette - qui n'avaient pour ambition que celle de se selfier à tour de bras avant de se précipiter, à grands cris de "Fammi vedere !" et de "Whouaaaah !", sur leurs écrans.







In petto, j'adressai une prière au Zéphyr aux joues gonflées, sur le côté gauche du tableau, pour qu'il me débarrasse des fâcheux. En vain...

J'abandonnai alors Venus sur son coquillage, songeant que Pâris, par ailleurs fieffé imbécile, avait fair preuve d'un goût très sûr en lui remettant la pomme d'or sur la foi d'une promesse...
Comme si les promesses de Vénus étaient dignes de foi... Et que les dizaines de milliers de morts qui devaient s'en suivre avaient une quelconque importance !

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