À Frédéric Schiffter, l'Élégant.

"Pline l'Ancien, ça c'était l'héros !..." Dans "Féérie", Céline le salue une fois encore... un de ses héros. Qui n'étaient pas si nombreux que ça...

Le neveu - dit "Le Jeune" - n'était pas mal non plus, à en juger d'après la lecture de sa correspondance, réel plaisir pour les neurones ! 
Recommandable, recommandé.

Ainsi, dans une lettre à Atrius Clemens, il fait montre de toute sa lucidité face à aux ambitions proclamées de la philosophie officielle de son temps - son ironie laisse penser qu'il ne limite pas son scepticisme aux philosophes qui lui sont contemporains : ( Le philosophe Euphrate ) "m'assure que la plus noble fonction de la philosophie, c'est de consacrer ses travaux aux intérêts publics; c'est de faire régner la justice et la paix parmi les hommes ; et que c'est là mettre en œuvre les maximes des philosophes. Je vous l'avoue, c'est le seul point où son éloquence ne me persuade pas."

Mieux encore, dans une lettre à Minutius Fundanus,  il livre - et surtout à ceux qui n'avaient nul besoin de justification, en étant des militants acharnés ! - un éloge vibrant de l'otium romain, sorte d'oisiveté studieuse pour le dire vite, au nombre des legs les plus précieux de l'Antiquité romaine.

"Sans désirs, sans crainte, à couvert des bruits fâcheux, rien ne m'inquiète. Je ne m'entretiens qu'avec moi et avec mes livres. Ô l'agréable, Ô l'innocente vie ! Que cette oisiveté est aimable ! qu'elle est honnête ! qu'elle est préférable même aux plus illustres emplois ! 
Mer, rivage, dont je fais mon vrai cabinet, que vous m'inspirez de nobles, d'heureuses pensées ! Voulez-vous m'en croire, mon cher Fundanus, fuyez les embarras de la ville; rompez cet enchaînement de soins frivoles qui vous y attachent ; adonnez-vous à l'étude ou au repos ; et songez que ce qu'a dit si spirituellement et si plaisamment notre ami Attilius, n'est que trop vrai : Il vaut infiniment mieux ne rien faire, que de faire des riens. (
"Otiosum esse quam nihil agere".)






Commentaires

  1. Merci pour ce très bel extrait des Lettres de Pline le Jeune, qui donne là une description parfaite et sensible de l'otium que vous-même qualifiez parfaitement d'un des legs les plus précieux de l'Antiquité romaine.
    Sans doute ignorez-vous que, conjugué avec un autre legs des plus précieux de ces Romains — la remarque, si extraordinaire pour un Romain, justement, qu'Ovide fait dans son Art d'aimer : « Tum plena voluptas, cum pariter victi femina virque iacent » — le XXIe siècle, exactement deux mille ans après que ces mots furent écrits, a déployé les fastes d'un otium encore plus éblouissant, l'otium de ces amants qui, d'une part, pensent tous deux « qu'il vaut infiniment mieux ne rien faire, que de faire des riens » et qui, d'autre part, savent que « l 'apogée de la volupté c'est quand, vaincus, l’homme et la femme exultent de concert.»
    Cette otium illuminé par cette forme supérieure de l'extase qu'est l'extase harmonique, c'est l'otium contemplatif — galant.

    Pendant que se réalisent les prédictions du Bréviaire, souhaitons donc, pour ce nouvel an, à quelques aimables jeunes filles et jeunes gens — qui en auraient le temps et les moyens — de le cultiver.

    Pour le reste, veuillez accepter nos meilleurs vœux pour cette nouvelle année, vœux qui valent également pour le dédicataire de votre très beau billet, Frédéric Schiffter.

    R.C. Vaudey

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    1. Grazie mille ! J'en rougirais presque... de confusion, bien sûr. Avec tous mes vœux en retour.
      À vous lire.

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    2. L’accueil chaleureux que vous faites à mon message me touche. Mais c’est un fait que la qualité de votre blogue, votre style précis, vif, votre art de ne vous appesantir jamais et de garder toujours une distance insoucieuse — quel que soit le sujet que vous abordez —, associés à la qualité de vos lectures et aux commentaires que vous en faites, font que vous êtes un des très rares dont je suis l’œuvre en cours.

      Elle est à l’image même de votre blogue : belle, profonde et légère, où les plus belles femmes du monde d’avant côtoient les tertulliens les plus racornis, — qui ont fait le monde tel qu’il est aujourd’hui.

      J’arrête là mon dithyrambe, de peur de blesser votre pudeur : pour le plaisir des « happy few » qui vous lisent, continuez d’éclairer nos journées de vos billets.

      Et gardez la police !

      À vous,

      R.C. Vaudey

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