Grâce à Drieu.

"Drieu la Rochelle pensait vivre la décadence d’un monde, d’une classe sociale, d’un pays, sans pouvoir échapper pour son propre compte à la contagion autrement que par des sursauts qu’il juge lui-même puérils. 
Dans une certaine mesure, il a peint cette décadence, et c’est par là que son œuvre surnage. Il l’a fait cependant avec trop de désinvolture, trop de complaisance, trop d’attachement à ce monde à cette classe, à ce pays, pour passer la limite de la satire de salon. 
Alors que nous sommes en pleine tragédie, comme en témoignent au même moment Malraux ou Céline, chez Drieu la comédie se mêle au drame sur le mode mineur. Ce qu’il aura réussi - et c’est ce qui le rend sympathique - c’est, dans un incroyable gaspillage de dons, à faire de son œuvre un ratage semblable à celui de sa vie. En perdant sur tous les tableaux il gagnera toujours plus de cœurs dans les générations qui lui succèdent et qui ont appris, très tôt, le cas qu’il convenait de faire et de la vie et des œuvres."
Maurice Nadeau, Le roman français depuis la guerre, Idées Gallimard 1963 - 1970.

Il sera pardonné à Nadeau, sévère et pertinent, ici ou là injuste, l'omission du mot "élégance"...

À propos de Drieu, piochés dans l'excellent quoique souvent discutable livre de Laurent Dandrieu "La Confrérie des intranquilles" ( Éditions de l'Homme nouveau, 2020), à l'étourdissante table des matières, ceci ( p. 51 ) : "... cette mort volontaire, préférée à un exil en Suisse ou au blanchiment dans la brigade Alsace-Lorraine que lui offrait son ami Malraux..." - passons sur le coup de pied à Morand...,
et surtout cela ( p. 52 ) : "Gilles (...) ce roman bancal malgré ses innombrables réussites souffre de la comparaison avec la perfection classique de l'Aurélien d'Aragon, qui en est comme la version épurée, et dont on a pu dire en une ironie amère que c'était finalement le meilleur roman de Drieu la Rochelle."
Voilà qui aurait fait une fameuse accroche publicitaire...

Et Ronet, de toute évidence, dans Le Feu follet. (1963).






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